Des « livres-humains » pour dire l’expérience

Publié le 18 janvier 2011

Il y a des expériences que seul le « vivant-humain-parlant » permet de restituer. Aucun média, aucun support ne peut « prendre la parole » à la place d’un homme ou d’une femme qui témoigne de sa vie, de son expérience, de son activité professionnelle, de ses passions, etc. Constat à la fois banal et étonnant. Banal car nous sommes tous d’accord pour dire que rien ne peut remplacer la communication directe avec celui qui a vécu une expérience. Étonnant parce que les perspectives ouvertes sont impressionnantes. Imaginons un instant ce que pourrait être une « banque de données » qui regrouperait et classerait par thèmes les expériences et témoignages d’une ou de plusieurs communautés humaines.

À notre grande surprise, la bibliothèque de Toronto au Canada a mis en place une initiative de ce type. Elle a choisi de permettre à des « livres humains », ou des « humains livresques » comme on voudra, de raconter l’histoire de leur vie d’immigrant, d’handicapé, de journaliste… Les utilisateurs viennent donc emprunter un « livre vivant », un « livre humain », avec lequel ils ont la possibilité de passer 30 min pour écouter le récit de son expérience ou engager un dialogue avec lui.

Cette initiative originale nous donne à réfléchir sur les limites de la mise à disposition des savoirs d’expérience. Grâce aux nouveaux médias, nous avons imaginé toutes sortes de supports tels que les fichiers son, les images, les vidéos, etc. Mais il existe un point limite où seul celui qui a vécu l’expérience est en mesure de la raconter et de la partager. On peut même penser, ce qui constitue un autre point limite, que si quelqu’un veut vraiment accéder à une expérience, la partager avec celui qui l’a vécue, il faut qu’il soit associé directement ou indirectement à la continuité de ladite expérience. En clair, il faut aller sur le terrain avec celui qui a vécu et continue de vivre l’expérience.

Tout cela peut paraître complexe et difficile à organiser. Pourtant, les moyens numériques dont nous disposons aujourd’hui nous permettent d’une part de bâtir des systèmes de ressources de « personnes expériences » et d’autre part, de favoriser l’accès à ces « personnes ressources ». Sans oublier que nous disposons d’un capital savoir énorme (savoir-faire et savoirs d’expérience) qui est celui des ethnologues et des anthropologues.

Alors à quand cette vaste bibliothèque qui enregistrerait les savoirs d’expérience des hommes de métiers et organiserait leur expression en direct ?


Pas encore de réponses. Soyez le premier à commenter cet article !

Laisser un commentaire

Contact

Copyright © Le bloc-notes d'Yvon Minvielle